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Un flux d’immeubles en feu, de foules en colère, manifestant pacifiquement ou avec l’énergie du désespoir.

Images nettes des télévisions officielles, images floues des téléphones portables.

siècle : de la roche, un peu d’herbe, une ou deux maisons. Des moutons, des vaches, des chevaux farouches à crinières de yéyé, des chiens errants ou enchaînés, des chats, des volailles, mais surtout des choses cassées, des constructions effondrées, des tas de gravats et des briques, des sacs de pesticides, des bonbonnes de gaz, des caravanes sur plots, des tractopelles avachies et de rares éléments flambants neufs, disséminés à travers le paysage, une éolienne, un silo. Ici comme ailleurs, les choses sont en train de changer. Et quelques âmes, 900 sur Inis Mór, la plus grande île de l’archipel d’Aran qui en compte trois. Voici avec quoi il faut composer en ce début de millénaire. Ces vestiges sont accrochés-oubliés aux murs des boutiques, de la salle d’attente du ferry, du seul pub de l’île, où les flashs d’information annoncent aujourd’hui la mort de Margaret Thatcher. On trouve quelques affiches ça ou là, témoignant d’un passé révolu, mais pas si lointain, encore capable d’émouvoir les gens : publicité Aer Lingus peinte à la main, campagne de prévention contre la vache folle, célébration de la triple médaille d’or de Michelle Smith aux JO d’Atlanta (natation), poster RÉSISTANCE de l’IRA, montrant un homme cagoulé pointant un fusil d’assaut au-dessus d’une citation de Bobby Sands. Ailleurs comme ici, jusque dans les rues de ce hameau irlandais balayées par le vent, sur cette île préservée de l’actualité, pourtant, à sa manière, en plein dedans, mais l’absorbant avec retard, ou mesure, comme si le maigre sol d’Aran accrochait moins la lumière venue du continent, et que le temps, purgé des événements, glissait avec davantage de légèreté, n’imprimant au terrain que des marques discrètes. Des visages fermés, des corps en mauvaise santé, esquintés, sont gagnés par l’impatience. Ils portent les mêmes prénoms surannés et ridicules, des noms de pommes de terre, Lumper, Agata, ou de villes américaines, Pittsburgh ou Providence, comme si les ainés, derniers dépositaires des temps héroïques de la grande famine, s’étaient réincarnés de leur vivant dans la jeunesse, auréolés de leurs épreuves et de leurs espérances, pour tirer à nouveau l’Irlande du péril en sautant la génération intermédiaire, occupée à savourer ses acquis politiques et ses maigres richesses.

Des vieillards à qui on ne la fait pas et des enfants déshumanisés par les jeux informatiques professent des vérités barbares : « Il faut se battre ou mourir ».

Ils prennent la mer, ils labourent leurs parcelles, ils chantent. Emportés par ce flux d’images lointaines qui leur parviennent en temps réel, à peine différées par leur répétition. Des sociétés éprouvées par Dieu ou par l’injustice des hommes, comme ici. Leurs voix, râpées par la Guinness, se mêlent aux clameurs de la planète web, de la planète tout court, aux prières profanes ou sacrées de l’apocalypse programmée.

Les habitants d’Aran, dont l’existence s’est résumée à se renier ou à se tuer à la tâche, à se caricaturer pour les touristes, à fertiliser le granit, à disparaître dans la tempête, respirent cet air de révolte.

Le souffle qui a balayé la place Tian’anmen, se disent les vieux, les jeunes, les pêcheurs, les agriculteurs, scotchés à leurs téléviseurs, à leurs ordinateurs, devant le film, en train d’être tourné, de la chute des tyrannies.

Ici comme ailleurs où rien ne se laisse détruire en silence. Là-bas, dans les villes du sud bombardées, livrées aux flammes, comme ici, sur cet éperon vivant au rythme des départs en mer et des retours.

Ils laissent ça aux Espagnols, aux Russes, aux Danois.